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12° Prix de dessin
de la Fondation d’art contemporain 
Daniel & Florence Guerlain



Le Prix de dessin de Florence et Daniel Guerlain, qui a déjà mis en avant plus d’une trentaine d’artistes depuis sa création, s'est déplacé cette année jusqu'à Los Angeles !


Florence et Daniel Guerlain (©Marie Ethel Pimpaneau).

PRESSE :  Avril 2019

LE FIGARO

PRESSE :  Novembre 2018   

THE ART NEWSPAPER DAILY

Du 16 novembre 2018 au 24 février 2019 a lieu, au musée Wilhelm-Hack à Ludwigshafen, la première exposition à l'étranger de votre Prix de dessin. Comment s'est-elle organisée  ?

Nous voudrions tout d'abord remercier le Centre Pompidou qui avait accueilli l'exposition des 10 ans du Prix, en 2017, avec ses trente artistes nominés. 

C'était une très belle manifestation et notre but est bien de diffuser, si possible tous les ans, le travail de ces plasticiens. 

En effet, le Prix ne doit pas être uniquement médiatisé durant la semaine du Salon du dessin. 

Cette exposition en Allemagne permet ainsi d'honorer les trente-trois artistes sélectionnés jusque-là et l'un d'entre eux, Marc Bauer, a même conçu un Wall Drawing pour l'occasion. Parmi les cent cinquante dessins, certains proviennent de notre propre collection, complétés par des prêts de différentes galeries ou encore des oeuvres des lauréats offertes chaque année par la Fondation au Centre Pompidou. L'accrochage en Allemagne est totalement différent de celui qui avait été fait à Paris et cette nouvelle mise en perspective, par chapitres thématiques, se révèle passionnante..


Vous travaillez d'ailleurs très activement à vos prochaines expositions...

Oui, nous accompagnons ce Prix, en France et à l'étranger, car nous le devons aux artistes avec lesquels nous engageons une relation amicale et pérenne. Nous serions absolument enchantés de les montrer aussi dans un musée de l'Hexagone. 


En parallèle, la donation de notre collection, constituée de mille deux cents dessins, circule et une sélection en sera dévoilée à l'Albertina de Vienne, en automne 2019, puis au musée Pouchkine de Moscou au printemps 2020. Nous le souhaitions en offrant ces oeuvres au Centre Pompidou, sans l'avoir mis comme clause de donation, et sommes très satisfaits que cela se réalise avec autant de brio. Le Prix et la donation sont à la fois indépendants et liés, car le jour où nous avons décidé de rendre ses lettres de noblesse au dessin, nous avons encore davantage poussé notre collection dans ce sens. De plus, les voyages qui accompagnent la préparation des expositions nous font découvrir de nouveaux artistes que nous allons, ensuite, rencontrer dans leurs ateliers. Cela nous passionne.


Comment avez-vous, d'ailleurs, choisi les trois nominés de cette année, Friedrich Kunath, Claire Morgan et Jérôme Zonder ?

Nous avions remarqué Friedrich Kunath, qui vit à Los Angeles, par sa peinture très graphique, chez des amis collectionneurs. Nous connaissions également Claire Morgan depuis plusieurs années, car nous la collectionnions, et l'avons enfin rencontrée pour préparer le Prix. Quant à Jérôme Zonder, son exposition à La Maison Rouge avait constitué un réel choc et celle du château de Chambord nous a convaincus que c'était un dessinateur hors pair. Cette année, nous avons accueilli Camille Morineau, Lucia Pesapane et Annabelle Ténèze, comme nouveaux membres de notre commission de sélection, elles y apportent leur propre regard pour accompagner cette douzième édition de notre Prix de dessin.


Textes Marie Maertens

Artistes sélectionnés

12° Prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel & Florence Guerlain.
Friedrich Kunath

Friedrich Kunath

À travers ses oeuvres (dessins, mais aussi peintures et sculptures) Friedrich Kunath pose la question de la distance et de la perception. Né en Allemagne de l'Est, il ne cesse de relire la tradition du romantisme, du paysage ou des passions humaines... à présent sur le sol de la Californie
Friedrich Kunath a toujours voulu expérimenter le Grand Ouest. Il s'intéressait, dès son plus jeune âge, aux films, à la musique et à la culture skate des États-Unis. La Californie était aussi de l'ordre du rêve pour celui qui s'est formé dans une fusion entre l'héritage de l'expressionisme allemand et l'omniprésence de Joseph Beuys. Aujourd'hui, à Los Angeles, il cherche à préserver l'équilibre entre ses propres images et certaines de ses réappropriations, totalement assumées. Fasciné par les clichés américains, il mixe les résurgences de cartoons, les références kitsch (plages paradisiaques ou arcs-en-ciel) et des paysages évoquant Caspar David Friedrich ou Albrecht Dürer. Sans complexe, il marie Venise Beach à Albrecht Altdorfer. Toutefois, il habille son approche conceptuelle de l'art d'un rapport quasi mystique, estimant que les oeuvres réussies ont un pouvoir « consolateur » et la capacité de se connecter à leur spectateur. Elles confinent à une relation intime.
Ainsi pour aborder les thèmes essentiels de la vie, la mort, l'amour ou la perte, Friedrich Kunath laisse ses travaux gagner en autonomie, acceptant l'accident et concevant plusieurs pièces en même temps. « C'est un problème bien connu des plasticiens que de ne pas trop infuser de son ego dans son oeuvre. Vous laissez alors à cette dernière la possibilité d'échapper à votre contrôle et de devenir plus grande que vous! » Dans cet apparent lâcher-prise, il demeure un travailleur obsessionnel, comme en témoignent les paysages aux dégradés léchés et aux détails si précis, inspirés des paroles saisies dans les musiques qu'il écoute inlassablement dans son atelier. Là encore, les genres se mêlent, lui accordant une respiration dans un monde qui ne jouit pas de tant de liberté, et ses tons pastels ou couchers de soleil embrassent ses interrogations existentielles. Friedrich Kunath révèle que l'on de-vient parfois ce que l'on est loin de chez soi, et relit Nietzsche, en analysant la différence d'interprétation entre Berlin-Est et Santa Monica... La distance transforme les choses, mais n'en soustrait nul contenu. 

Claire Morgan

Claire Morgan

Dans un corpus constitué d'oeuvres sur papier, mais aussi de peintures et d'installations, Claire Morgan assemble deux notions qui peuvent paraître s'opposer, géométrie et lyrisme, correspondant chez elle à une volonté de concilier une certaine radicalité à la vitalité qu'elle observe dans la nature ou le milieu animalier. Pour chaque oeuvre, Claire Morgan atteste de cette ambiguïté, composée d'une apparente douceur, quand le sujet est bien ancré dans les enjeux du monde actuel. D'aucuns ont rapproché son travail de la mythologie, évoquant notamment les péripéties d'Icare, en lien avec les nombreux oiseaux qu'elle met en scène. Mais il est davantage ici question d'observer l'énergie des animaux se mouvant dans la nature et de réussir à « capturer un moment éphémère », projet quelque peu titanesque... « J'évolue sans cesse dans ce paradoxe entre le suivi d'un processus que je me suis imposé et la perte de ce contrôle qui me mène vers des directions passionnantes. Par exemple, mes notes ou esquisses vont nourrir l'oeuvre, mais finalement, ce sont souvent les connexions les moins évidentes qui vont surgir! » Alors elle saisit son crayon graphite afin d'exécuter des gestes vigoureux, qui seront complétés par la réalisation d'infimes détails. Dernièrement, elle y a laissé l'empreinte de son propre pied, suggérant que l'être humain s'immisce dans la moindre partie du globe terrestre. Avec ce bestiaire grandissant, figé par la taxidermie dans ses sculptures, Claire Morgan développe une réflexion sur les problématiques écologiques et politiques d'aujourd'hui. «Nous sommes nous aussi des animaux, mais nous nous comportons comme une espèce dominante, causant beaucoup de tort aux autres. Nous sommes de grands manipulateurs et c'est vrai que je peux encourager une forme de responsabilité. » Si elle confirme ne pas s'affilier aux nombreuses peintures qui, dans l'histoire de l'art, octroyaient un caractère précis aux espèces, parfois anthropomorphe, elle concède avoir regardé les toiles, mais aussi les écrits, de Francis Bacon, Anselm Kiefer ou Cy Twombly. À nouveau cette immanence de l'énergie et cette conscience épidermique de ce qu'est l'homme. Redoutant les narrations trop évidentes, Claire Morgan veut elle-même se laisser surprendre par les « connexions » dans son travail, un mot qu'elle emploie souvent, pour qu'un nouveau sens apparaisse. « Il faut savoir lâcher son sujet, pour pouvoir réellement l'expérimenter ».

Jérôme Zonder

Jérôme Zonder

Au-delà de possibles phénomènes de mode et des débats sur la technique ou la virtuosité, Jérôme Zonder impose, depuis le début des années 2000, son obsession pour le dessin et les effets infinis qu'il peut y prodiguer. Par sa dextérité, il entraîne le spectateur au coeur de son récit, sans aucune concession. Il l'avait d'ailleurs averti, ce spectateur, avec ce très grand autoportrait hyperréaliste de ses débuts. Complété par une bulle à la manière d'une bande dessinée, l'artiste y écrivait qu'il n'arriverait pas à faire tout ce qu'il voulait réaliser... Il combinait alors un univers grinçant de matières organiques et d'enfants rejouant les pires périodes de l'histoire. Il fouinait dans ce qui constitue l'homme, autant dans sa brutalité que dans sa stupéfiante beauté, exécutée au crayon graphite ou au fusain. Si la Grande Histoire s'est imposée dans son travail, et notamment la Seconde Guerre mondiale comme témoignage du paroxysme de l'horreur, c'est aussi, rappelle-t-il, qu'il est issu d'une génération rattrapée par les conflits des années 1990. Après avoir traité différents passés de manière directe, il se place aujourd'hui plutôt sur un chemin entre le réel et le récit que l'on en fait. Tout en développant les structures narratives de ses oeuvres, il enrichit sa technique, notamment de poudre de fusain qu'il peut appliquer au doigt. Car bien au-delà des scènes qu'il nous donne à voir, Jérôme Zonder analyse les problématiques de son médium, caractérisé par la ligne ou la masse. « Ces deux traitements permettent d'interroger, de manière différente, ce qu'est un sujet. J'avais même réalisé, très jeune, un dessin portant sur ces deux manifestations symbolistes pour l'homme que je caractérise par l'empreinte et le trait. » Quant à savoir si le dessin n'est pas davantage une question de tracé, l'artiste répond que les limites existent pour être dépassées, comme il le démontre par ses contours parfaits, de plus en plus juxtaposés à des effets de flous, de fondus et d'espaces mouvants. Ce qu'il résume par « des éléments pulvérisés » guidant le regard vers différentes possibilités de lecture. Il y ajoute encore des découpes de tissus, qui renvoient à différentes géographies, ou une mémoire de ses propres dessins, symbole de maturité et de cette logique du rhizome, se nourrissant toujours de sa force vitale. Une énergie qu'il souhaite communicative, cherchant sans cesse à « éprouver » le dessin et à voir jusqu'où il peut nous mener.