15° Prix de dessin
de la Fondation d’art contemporain
Daniel & Florence Guerlain

Le prix 2022 a retrouvé sa place au Salon du dessin et expose les œuvres des 3 artistes nommés par le comité de sélection.

Les artistes présentés du 17 au 23 mai sont :     

    - Olga Chernysheva, artiste Russe, née en 1962
    - Chloe Piene, artiste américaine, née en 1972
    - 
Gert & Uwe Tobias, artistes allemands, nés en 1973 en Roumanie

Les artistes ont pu, le 19 mai 2022, présenter leur travail aux membres du Jury, devant leurs œuvres.

A l’issue de cette réunion les membres du Jury ont attribué le 15éme prix de dessin à Olga Chernysheva


Après une année où le Prix de dessin a été décerné en ligne, compte tenu des contraintes sanitaires mondiales, qu’avez-vous ressenti pour cette édition où vous avez pu reprendre votre parcours de visites d’ateliers ? 

À nouveau, nous avons en effet honoré nos rendez-vous avec des plasticiens et revécu ces moments partagés, avec les membres de notre comité, que nous aimons tant. C’est toujours un tel plaisir de voir les œuvres en vrai, mais aussi les environnements des artistes. Nous connaissions déjà ceux qui ont été sélectionnés, car ils étaient dans notre collection, mais ils devront séduire le jury de cette année. .


Ce prix semble mettre en avant des travaux plus expressifs et même plus figuratifs que certaines années. Est-ce le témoignage d’un retour à la vie?

Même de manière inconsciente, ce facteur a certainement joué. Mais là encore, cela fait près de cinq ans que nous suivons Olga Chernysheva et aimons beaucoup son travail. Elle réalise de magnifiques dessins témoignant de la vie moscovite que nous voulions montrer depuis un long moment. Ce n’est d’ailleurs qu’un pur et heureux hasard qu’elle soit choisie cette année, en parallèle de notre actualité en Russie. Nous avions acquis des dessins de Chloe Piene il y a plus longtemps encore et, depuis, la force de son trait a conquis la scène internationale. Quant à Gert & Uwe Tobias, avec lesquels nous avons déjà collaboré, ils se sont imposés par leur monde très riche entre le rêve et la réalité. Cette sélection nous semble harmonieuse et, en effet, ancrée dans la vie.



Une nouvelle exposition d’une partie de votre donation faite au Centre Pompidou a été récemment inaugurée au musée Pouchkine, de Moscou. Quel en a été l’accueil?  

L’accrochage est extraordinaire et les œuvres ont été accueillies par le public d’une manière fabuleuse. Peu de personnes connaissaient le dessin contemporain européen. Il s’agissait donc d’une vraie découverte pour la plupart des visiteurs ayant apprécié la diversité des propositions et l’ensemble des séries montrées. Nous avons également décidé d’offrir au musée Pouchkine un dessin de François Morellet et cinq œuvres de Christiana Soulou, artiste grecque d’une grande sensibilité, issus de notre collection actuelle.  


Quels sont maintenant vos projets? 

Comme nous avons été nommés présidents du Frac Picardie, dédié au dessin, à Amiens, que nous connaissons bien car Yves Lecointre nous y avait organisé une magnifique exposition en 2008, nous nous y rendons régulièrement. Cela nous ramène par ailleurs aux anciennes générations de la famille Guerlain, car le fondateur de la maison, Pierre François Pascal, était originaire d’Abbeville… Et nous soutenons la candidature d’Amiens pour devenir Capitale européenne de la culture en 2028.



         Textes Marie Maertens

Artistes sélectionnés

15° Prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel & Florence Guerlain.

Olga Chernysheva © Gennady Grachyov

Olga Chernysheva

Olga Chernysheva retranscrit des scènes de la vie quotidienne. Elle en dit beaucoup sur le temps présent, tout en émettant une fine critique de nos sociétés actuelles. Même sans l’avoir visité, on pourra aisément reconnaître (à la profusion de chapkas) le métro moscovite dans ses dessins. D’autres séries relatent de joyeux étés passés au bord de la rivière, quand la moiteur de la ville fait espérer le bien-être d’un coin de nature. D’autres encore, au fusain mais aussi à l’aquarelle, attestent de la folle expansion des cités, au nom d’une prétendue modernité. Enfant, Olga Chernysheva voyagea beaucoup avec ses parents dans des trains express et fut marquée par la vision de silhouettes surgissant, fantomatiques, sur les quais de gares non desservies de bourgades en perdition.
Elle aima, dès cette époque, observer la vie, celle des animaux, puis des humains, dans ses moindres détails. Elle dépeint un monde que nous croyons connaître, mais qui révèle une étrangeté dissimulée et silencieuse. « Des objets qui nous semblent simples peuvent paraître hors d’atteinte et échapper à toute définition. Ce que nous avons sous les yeux en permanence peut être le plus intrigant », décrypte-t-elle. Elle esquisse des compositions dans des carnets qu’elle n’a jamais dévoilés, prend des photographies ou emploie des images issues d’Internet. Mais le cliché n’est qu’une source, dont elle modifie ensuite les poses ou les proportions, teintant le réalisme d’un voile d’absurdité. D’autant plus que l’artiste aime recréer des associations pour permettre à sa narration de se développer et interroger les notions de pouvoir ou la violence des relations sociales. Olga Chernysheva a étudié l’animation dans une école de cinéma et appris à conférer de la matière à un récit. Comment rendre un texte ou une image parlante et développer différentes interprétations? Elle cite Anton Tchekhov qui la fascine par ce déploiement de détails, ancrés dans la réalité et ubuesques en parallèle. Par le dessin, elle décrit une forme de véracité qui « ne trahit jamais celui qui l’exécute », car le dessin provient directement du corps. Avec subtilité, il lui permet de pointer les dérives du monde contemporain, à Moscou et dans les mégalopoles internationales qui s’uniformisent t par le luxe et la destruction de la nature…

Chloe Piene

Chloe Piene développe sa pratique autour du corps. Ce sujet inlassablement scruté, en surface ou en profondeur, lui permet de témoigner de sa vision de l’humanité, à la fois crue et tendre.
Chloe Piene fait partie de ces artistes qui ont toujours dessiné, confessant même qu’elle détermina ses obsessions durant l’enfance. De manière très naturelle, elle se focalisa très tôt sur sa propre anatomie. Matière que l’on croit connaître (à tort selon elle) et qui permet d’interroger notre réalité, elle se mue en objet de plaisir ou d’angoisse face à la maladie et à la mort. D’autant plus que l’artiste maîtrise très bien l’histoire de l’art et s’est depuis longtemps passionnée pour les mythes et sacrifices datant du pré-christianisme ou du Moyen Âge. Ses modèles isolés, plus ou moins figuratifs, sont tracés sans horizon, laissant une grande part à la marge blanche de la feuille. « Le corps devient ainsi l’espace, dit-elle, et sa forme définit le monde. » En effet, le dessin, qui peut accueillir des créatures hybrides, enrichi de corps masculins ou d’animaux, montrera peu d’éléments en dehors de ces enchevêtrements articulés ou désarticulés.
Dessinant exclusivement au fusain, Chloe Piene peut s’arrêter sur un membre particulier et son trait se fera obsessionnel ou rageur, le laissant à l’état de moignon ou de racine, favorisant la notion d’évolution ou de transformation. Si elle représente beaucoup de crânes ou de corps suppliciés, elle veut éviter l’analyse psychanalytique excessive et se concentre sur la surface du dessin « Je trouve fascinant, poursuit-elle, le pouvoir expressif du fusain et je joue avec les multiples possibilités qu’il offre: d’une ligne appuyée, puis légère et à nouveau affirmée jusqu’à un rendu plus tremblé. Ainsi, il symbolise totalement la continuité du corps ».
Ses thématiques pourront être aussi lues comme de discrets hommages à l’histoire de l’art qui l’accompagne. Du Retable d’Issenheim, découvert enfant, aux gravures d’Albrecht Dürer ou d’Hans Baldung. Des sculptures en cire de Medardo Rosso aux représentations baroques du Bernin, non dénuées de connotations sexuelles appuyées, et surtout de « ces états entre-deux » qu’elle chérit tant, en passant par l’Expressionisme allemand. Chloe Piene peut vouloir dénoncer la violence de la société ou témoigner des dommages de l’histoire par la crudité de certaines scènes, mais elle ne perd jamais le désir de poursuivre son exploration du monde, à partir de son propre modèle

Chloe Pieneb ©Martin Seck
Gert & Uwe Tobias©Alistair Overbruck

Gert & Uwe Tobias

Frères jumeaux et travaillant en duo, Gert & Uwe Tobias cultivent la réflexion sur la notion d’identité. Mêlant joyeusement divers héritages, ils créent un monde parallèle qui témoigne subtilement de notre présent. Les frères Tobias n’aiment guère donner trop d’analyse de leur œuvre et laissent flotter une aura de mystère tout autant sur sa signification que sur leur processus de travail.
Ayant poursuivi leurs études de concert, ils constatent à la fin de leur formation qu’ils s’autorisent davantage d’expérimentations quand ils collaborent ensemble, tout en conservant leur propre identité. Ils ne créent pas à quatre mains, mais découvrent tour à tour ce qu’a réalisé l’autre, avant de le compléter… ou pas. Ils s’ouvrent corrélativement la voie, dans ce qu’ils nomment « le Projet Tobias », mariant énergie et mise à distance non dénuées d’humour. Les sujets eux-mêmes, souvent composés de formes graphiques bien délimitées, donnent à voir un univers habité de figures folkloriques, de tendres monstres ou d’animaux. Des portraits côtoient des masques grimaçants, dans des paysages obscurs ou hédoniques, comme des mondes féeriques qui seraient croqués sur la toile cirée du déjeuner dominical, tandis que d’autres travaux se révèlent bien plus abstraits.
Gert & Uwe Tobias assument leur fascination pour l’esthétique du Bauhaus, Oskar Schlemmer, le Constructivisme russe, Edvard Munch ou les gravures japonaises, en passant par une passion pour les légendes médiévales ou les coloris d’Édouard Vuillard. Mais ils ne se privent pas de jouer également avec des références kitsch liées à leur Transylvanie natale et au fantasme de Dracula.
Par la résurgence de leurs propres dessins, ils se composent un vocabulaire infini dans lequel ils puisent, conviant régulièrement certaines figures, sans pour autant intégrer une narration bien précise. L’enjeu esthétique se noue davantage sur un exercice d’oppositions et de tensions, notamment par le jeu des couleurs qui vont contrecarrer un sujet qui pourrait paraître doucement effrayant… ou rééquilibrer des contrastes. Leur univers a déjà été associé à la période symboliste et il est vrai que les frères Tobias s’inscrivent dans un espace-temps entre la réalité et la fiction. Le réel est bien présent quand on apprend que l’architecture des lieux d’exposition, ou même des éléments de cultures vernaculaires, sont souvent intégrés aux œuvres, quand le rêve est illimité. Le va-et-vient est incessant entre ces deux sphères, tout comme leur propre dialogue. « Nous communiquons par le dessin et nous nous répondons toujours l’un à l’autre par ce medium ».

Carnet de recettes

Tome III disponible - Novembre 2020

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POINT DE VUE

PRESSE :  Decembre 2019   

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